Свято-Елисаветинский монастырь
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«Le Seigneur donne à chacun son service»
Interview avec la mère higoumène Euphrosynie

La mère supérieure du monastère Sainte Elisabeth à Minsk, mère higoumène Euphrosynie, lors de la prise du voile a reçu son nom en l’honneur de la protectrice céleste de la terre biélorusse, Sainte Euphrosynie de Polotsk. Ce prénom signifie la «joie». La vénérable Euphrosynie, protectrice des arts et des sciences, est l’une des saintes les plus vénérées en Biélorussie. Ce n’est peut-être pas par hasard que beaucoup de gens talentueux viennent au monastère de Minsk pour servir Dieu par leurs dons dans les nombreux ateliers du monastère. C’est aussi au monastère que des personnes égarées se réadaptent à la vie et retournent sur le droit chemin. La mère Euphrosynie a répondu aux questions du «Messager monastique»; elle fait part dans cette interview de son chemin vers sa fonction d’higoumène, de son obédience à l’hôpital psychiatrique, des particularités de la communauté qui lui a été confiée et qui, depuis sa création, a été orientée vers l’aide aux personnes en difficultés et enfin, mère Euphrosynie parlera de la liberté et de la création qui existent au monastère, mais aussi de la pseudo-piété ainsi que des différentes formes du monachisme et de la vraie culture.

L’arche de Noé de Minsk

Dans la conscience russe, les monastères ont été et sont toujours un phare de salut, une arche de Noé moderne, en quelque sorte. Le monastère de Misnk est, dans ce sens, un véritable asile pour les affligés qui ont perdu leurs repères dans la vie. Néanmoins, le monastère a ses limites... Est-il possible d’aider tout le monde?

Nous vivons des temps difficiles, les gens n’ont pas de travail. Il leur manque de moyens pour vivre et pour entretenir leur famille. C’est la raison pour laquelle ils viennent travailler au monastère. Notre communauté donne du travail à près de 1500 personnes. C’est étonnant, mais le Seigneur arrange tout de telle façon que tout le monde a du travail. Très souvent, ce sont des gens qui sont loin de l’Eglise. Ils commencent à travailler au monastère et petit à petit ils deviennent pratiquants, ils viennent à la confession et ils communient.

Au début des années 2000, un terrain a été mis à la disposition du monastère sur lequel se trouvait une ferme et une étable en ruines, nous nous sommes interrogés: que faire? les travaux de construction des bâtiments du monastère étaient justement en cours, comment pourrions-nous nous en sortir en ajoutant les coûts de restauration de la ferme? En ce temps-là, j’avais pour obédience de rendre visite aux patients de l’hôpital psychiatrique qui souffraient notamment des dépendances de la drogue. Une fois la permission de sortir obtenue, plusieurs d’entre eux ne savaient pas où aller. C’est ainsi que la ferme est devenue un centre d’accueil pour drogués. Ensuite des personnes sans domicile fixe, d’anciens détenus et d’autres personnes en difficultés ont commencé à s’y rendre aussi.

Autrement dit, il y a de la place pour tout le monde au monastère?

Dieu a beaucoup de place (mère Euphrosynie sourit). Le Seigneur dit: Je ne mettrai pas dehors celui qui vient à Moi (Jn 6: 37). Mais d’autre part, aujourd’hui nous vivons une période où tout le monde est gâté. Il en résulte que les gens ne supportent pas la moindre remarque, il y a tout de suite des prétentions: «Où est votre amour?» Ceci est le plus difficile.

Prenons par exemple les gens du centre d’accueil. Un homme a été sdf pendant des années. Il se retrouve dans notre centre d’accueil. Il se lave, il dort et mange à son aise et voilà qu’il est déjà un héros. C’est ce que je vois en moi-même. On devrait plutôt penser ceci: je suis venue au monastère et je dois servir Dieu et laver les pieds de tout le monde... Mais il y a des mécontentements chez nous: telle soeur a dit cela, une autre m’a regardé de travers etc.

La génération précédente diffère beaucoup de nous. Les gens vivaient dans le manque et remerciaient Dieu pour le moindre sou reçu. Nous, au contraire, nous avons de tout: nous vivons dans de bonnes conditions, dans de beaux bâtiments tout neufs. Mais il y a là un grand défaut: nous sommes gâtés par l’aisance et c’est bien là, la source de nos malheurs. J’ai lu qu’auparavant, dans un monastère à Moscou, on plaçait sur les portes des cellules des moniales un sac contenant une ration journalière de pommes de terre: le repas des moniales ne dépendait que des dons de vivres que les gens leur apportaient. Quant à nous, nous vivons sur tout ce qui est déjà préparé. Voilà pourquoi aujourd’hui nos efforts doivent être dirigés vers le travail intérieur.

Oui, nous, les orthodoxes, sommes gâtés aujourd’hui par la splendeur des églises ainsi que par toutes les commodités. Ceci est typique des monastères modernes. Les moines le constatent également.

La splendeur des églises est une prédication. En venant au monastère et voyant cette beauté, l’homme en est ravi et il commence à tendre vers l’Eglise, vers Dieu.

Votre monastère est ouvert au monde. Nous sommes habitués en Russie à ce que le monde monastique, dans la plupart des cas, soit fermé aux laïques. Dans votre monastère, il en est autrement. D’après vous, cette ouverture, ne cause-t-elle pas des désagréments pour les moniales? Comment arrivent-elles à cumuler une aide active au prochain avec la prière? Comment trouvez-vous le juste milieu?

Le Seigneur donne à chacun son service. Je perçois comme une Providence Divine le fait que notre monastère soit précisément comme cela. Constituent notre communauté: les moniales, les soeurs de la communauté laïque de la charité, les patients de l’hôpital psychiatrique ainsi que les hommes et les femmes qui ont été jetés par-dessus bord de la vie et qui sont placés dans les centres d’accueil. Le Seigneur nous a rassemblés tous, voici donc Sa volonté.

Afin de lutter contre le péché qui est à l’intérieur, il n’est pas du tout obligatoire de se retirer dans la réclusion. L’ennemi qui est à l’intérieur se fait voir dans les relations: par les conflits, le désaccord. En même temps, en servant les gens, nous recevons la grâce de Dieu. Lorsqu’il y a seulement: église — cellule, cellule — église, toutes les passions se soulèvent alors en l’homme. Ce n’est pas chacun qui est capable d’endurer une telle lutte intérieure.

Quand au début de la formation du monastère s’est posée la question des visites des moniales aux patients de l’hôpital psychiatrique, le père André a dit lors d’une réunion des soeurs: «Si on vous plaçait maintenant dans vos cellules, vous grimperiez les murs». Cela ne signifie pas qu’il faut abandonner la cellule, comprenez bien ce que je veux dire. Mais il me semble qu’il n’y a pas de contradiction.

Le père André nous rappelle souvent un épisode de la vie d’un hiérarque au cours duquel le hiérarque et une assemblée d’évêques qui l’accompagnaient ont vu dans la rue une belle femme dépravée. Les évêques confus ont détourné les yeux, tandis que ce hiérarque a regardé cette femme fixement. Puis il a dit: «Malheur à nous de ne pas avoir mis autant de zèle et de soin à orner notre âme que cette femme met à orner son corps». Il a prié pour cette femme et elle est devenue plus tard, une vénérable sainte.

Vous savez, j’ai lu les lettres du père Jean Krestiankine dans lesquelles il dit que de nos jours le moine ne doit pas se renfermer dans sa cellule. Tant de gens ont besoin d’aide spirituelle aujourd’hui! Le Seigneur nous a placées à ce service, nous ne l’avons pas cherché de nous mêmes. Nous ne pouvons pas fermer le monastère aux gens. Puisqu’ils viennent ici, nous devons donc les accueillir.

Oui, vous dites très justement qu’il peut y avoir des pertes. Remarquons une chose: les soeurs qui participent à des expositions de l’artisanat de notre monastère, reviennent au monastère toutes lumineuses, pleines de joie et d’après leur état intérieur, on dirait qu’elles ne sont parties nulle part: il y a la vie, il y a Dieu en elles. Au contraire, une soeur qui reste tout le temps au monastère peut être toute «noire», sombre et mécontente de tout.

Dans les homélies du père spirituel du monastère, le sujet de l’unité des moniales, des soeurs «blanches» et des orthodoxes en général est souvent mis en relief. Est-ce que le monastère a été conçu dans cette idée? [note de la rédaction: les soeurs «blanches» sont les soeurs de la communauté laïque de la charité qui existe auprès du monastère]

C’est devenu comme ça naturellement car le monastère a été formé à la base d’une communauté de soeurs laïques de la charité. Aucun décret ne mentionnait qu’il fallait bâtir à cet endroit un monastère de moniales. Il y avait, simplement, au départ, des soeurs laïques de la charité qui rendaient  service à l’hôpital psychiatrique. Quelques temps plus tard, elles ont souhaité vivre ensemble. Lorsque la construction de l’église dédiée à Sainte Elisabeth a commencé, personne ne songeait à un monastère et un an plus tard, en août 1999, une première prise de voile a eu lieu. Ce jour-là est considéré comme le jour de la naissance de notre monastère.

«La bénédiction des parents sera toujours avec toi»

Ma mère, comment vous êtes vous retrouvée dans la communauté des soeurs laïques de la charité?

A cette période-là, je travaillais à l’institut d’oncologie comme infirmière en salle d’opérations. J’aimais beaucoup la salle d’opérations et je suivais des cours de formation d’infirmières. Il y avait à l’institut d’oncologie une infirmière croyante et, un jour, elle m’a proposé de l’accompagner à l’église. C’est ainsi qu’a commencé mon cheminement vers la foi.

Il y avait peu de littérature spirituelle accessible pendant les années 90 par rapport à ce que nous voyons aujourd’hui et je me rappelle avoir copié à la main quelques prières. Les premiers livres ecclésiaux que j’ai lus étaient «Le mystère de la foi» du monseigneur Hilarion (Alphéév) et les écrits de Saint Silouane l’Athonite. Le livre de vie de Saint Serge de Radonège que j’ai pour la première fois lu en slavon m’a semblé tout à fait clair comme si je connaissais cette langue depuis toujours.

J’ai communié pour la première fois en 1994, à Pâques, à l’église des Sts apôtres Pierre et Paul. Les dimanches, le père André y célébrait l’hymne acathiste à la vénérable martyre Elisabeth Fiodorovna après quoi, dans la maison paroissiale avaient lieu les réunions de la communauté des soeurs laïques de la charité. En me rendant à l’église pour l’hymne acathiste, je regardais avec émotion les soeurs de la charité, elles n’étaient que dix en ce temps-là, et elles différaient beaucoup des autres paroissiens.

Après la première réunion à laquelle j’ai été invitée avec soeur Tatiana (aujourd’hui elle est moniale Tamara), le père André m’a béni pour porter les habits de la soeur «blanche». Il m’a dit qu’un des services de l’hôpital psychiatrique avait besoin d’infirmières. J’ai commencé à travailler ainsi, dans ce service-là de l’hôpital psychiatrique et, en tant que la soeur de la charité, je rendais visite aux patients souffrant de la dépendance de la drogue. J’avais alors 26 ans.

Votre famille est pratiquante? Comment vos parents ont-ils réagi à votre choix?

Ma mère m’a écrit une lettre avec ces mots: «Quelle que soit la voie que tu choisisses, la bénédiction des parents sera toujours avec toi». Ceci compte tenu du fait que mes parents n’étaient pas pratiquants.

L’hôpital psychiatrique se situe près du monastère, les patients viennent aux offices Divins, les soeurs prennent soin d’eux. La vie côte à côte avec ces personnes requiert, peut-être, des habilités spécifiques, de la patience ou peut-être que les moniales s’y sont habituées? Est-ce que des difficultés surgissent dans ce sens-là ou est-ce que les soeurs viennent consciemment au monastère pour servir leur prochain?

Premièrement, oui, les soeurs savent où elles viennent. Deuxièmement, presque toutes les premières moniales sont d’anciennes soeurs laïques de la charité et elles sont venues au monastère de cette communauté laïque de la charité. Aujourd’hui encore des soeurs «blanches» deviennent moniales mais il y a aussi d’autres personnes qui viennent spécialement dans notre monastère, même d’autres pays. Il y a des soeurs de Monténégro, de Serbie, de Pologne. Cela semble assez naturel pour nous et nous n’y portons guère attention. Certes, les soeurs éprouvent parfois des difficultés, mais nous avons des réunions de moniales toutes les semaines qui sont une grande aide pour les soeurs.

L’unité qui fait naître le salut

A propos des réunions. Le monastère a un site web très actif et depuis 2008, les visiteurs peuvent écouter, parmi le grand nombre d’informations véhiculées par le site, les enregistrements des réunions de la communauté au cours desquelles les soeurs font part de leur chemin dans le monastère. Il est très intéressant et utile de les écouter, je dois dire.

Les réunions des soeurs laïques de la charité ont lieu depuis la création de la communauté de la charité, les réunions des moniales s’y sont jointes dès l’apparition du monastère. Les moniales assistent à deux réunions. Nous avons, en plus, toutes les semaines, le Conseil du monastère. Les réunions des soeurs «blanches» et des moniales sont une communication, une discussion au sujet de problèmes essentiels, un échange de points de vues, les soeurs partagent leurs opinions et font part de ce qui les trouble. C’est une nécessité pour nous, ces réunions sont comme la continuation des offices Divins où nous nous réunissons tous autour du Calice.

Il y a trois ans, le monastère a fait paraître le livre «Comment nous vivons et comment devons-nous vivre? Dialogue des chrétiens d’aujourd’hui», un recueil d’extraits de ce qui s’était dit au cours des réunions qui ont eu lieu de 2006 à 2011. Le père spirituel, les moniales et les soeurs «blanches» font part de l’expérience de leur vie spirituelle, discutent des questions qui troublent tout chrétien. Là aussi, nous voyons que l’idée de l’unité constitue le sujet principal des causeries et, selon les paroles de l’archimandrite Sophrone (Sakharov), de cette unité naît le grand salut.

Nous aimons beaucoup le père Sophrone. C’est vrai, c’est pour cela que nous nous réunissons, pour garder l’unité. Je ne sais pas comment on peut  garder autrement des relations étroites, l’acceptation d’autrui, la compréhension. Quand l’homme parle, c’est plus facile de le comprendre.

Il vient de me venir à l’esprit les conférences monastiques à Moscou où se rendent les pères et les mères higoumènes des monastères. Monseigneur Théognoste sollicite constamment les personnes présentes: «Les pères, les mères, posez des questions, ne gardez pas le silence!» Quelque chose de semblable se passe chez nous lorsque le père André demande: «Soeurs, pourquoi vous ne dites rien? Est-ce que rien ne vous trouble?» (mère Euphrosynie sourit).

Etant à Moscou, avez-vous visité la communauté Saintes Marthe et Marie créée par la Grande Duchesse Elisabeth Fiodorovna?

Oui, justement cette année, en janvier, pendant la conférence de Noël. Certes, on y ressent la présence et l’amour de la sainte et vénérable martyre Elisabeth en l’honneur de qui a été nommé notre monastère. A propos, dans l’église Sainte Elisabeth de notre monastère, il y a une icône du père spirituel de la communauté Saintes Marthe et Marie, le vénérable père confesseur Serge (Srebriansky).

Ma mère, avez-vous trouvé avec les soeurs la réponse à la question qui avait été placée dans le titre du livre, comment devons-nous vivre?

Nous la cherchons. Il faut peut-être une vie pour répondre à cela.

La liberté et la pseudo-piété

La règle de votre communauté est stricte?

Il me semble qu’elle n’est pas stricte. Ceci est à mon avis le plus difficile: quand on donne à l’homme la liberté et qu’il doit apprendre à la gérer. Nous n’avons pas établi d’interdictions d’entrer là ou d’aller là. Dans de nombreux monastères, la mère higoumène distribue aux soeurs les tâches au matin. Ceci est bien. Mais chez nous c’est impossible car c’est la tâche elle-même qui détermine l’emploi du temps. Par exemple, si une soeur travaille au service juridique, comment puis-je lui donner des ordres car ils ont leur planning? Ou par exemple encore, à la maison du travail [le bâtiment où se trouve la plupart des ateliers du monastère], il y a, là aussi, des particularités concernant l’emploi du temps.

Sur quoi vous appuyez-vous pour distribuer les obédiences? Tenez-vous compte des souhaits des soeurs d’accomplir telle ou telle tâche?

Bien sûr, on tient compte de tout: des talents, des aptitudes et des souhaits. Ceci est aussi une caractéristique de notre temps. Autrefois, ça se passait ainsi: le moine recevait une obédience, il devait obéir et l’accomplir sans réfléchir. Aujourd’hui ça se passe différemment: «Soeur, où voudriez-vous travailler?» De de nos jours, c’est impossible autrement, beaucoup de gens le constatent...

C’est aussi pour cette raison que nous avons régulièrement des réunions où nous pouvons discuter non seulement des problèmes vitaux, mais aussi des désaccords, des caprices et des offenses. Nous essayons de vivre comme dans une famille. Il n’y a rien de pire que la pseudo-piété, la rigidité et l’obstination. «Pardonnez-moi», «bénissez», mais en réalité, l’homme peut haïr tout le monde.

Ce n’est pas un secret: le vrai problème des monastères est l’absence d’unité d’idées. Pourquoi vient-on chez nous? Parce qu’il y a un père spirituel et qu’il n’y a pas d’opposition entre la mère higoumène et le père spirituel dans notre monastère. Ceci est vraiment essentiel. Quand dans un monastère survient une division et que les uns sont pour le père spirituel, les autres pour la mère higoumène, c’est une tragédie.

Comment peut-on éviter cette situation? Qui en est responsable?

Tout le monde en est responsable, mais c’est sans doute, tout d’abord, la mère higoumène et le père spirituel.

Est-ce que les soeurs peuvent s’adresser à vous directement avec leurs problèmes?

Bien sûr! Tout est simple chez nous, tout comme dans une famille. En tout cas, nous voulons que ce soit ainsi et nous faisons notre possible.

Comment se fait le contact des soeurs avec le père spirituel?

Le père André est tous les jours au monastère sauf le jeudi. Il passe moins de temps avec ses proches qu’avec nous. Voilà pourquoi en plus de ses propres enfants qui sont déjà grands, il a encore 111 enfants-moniales. Il est pour nous comme un père.

Une des soeurs a remarqué que le père André est lui-même déjà comme un moine.

Il a même une cellule ici au monastère. Il célèbre les offices Divins presque tous les jours au monastère, deux jours par semaine il confesse toutes les soeurs et de longues files de paroissiens, il mène les causeries avec les soeurs «blanches», les moniales, les paroissiens et les habitants des deux centres d’accueil.

La personne «la moins intéressante»

Aujourd’hui, il y a neuf églises qui appartiennent au monastère et qui se trouvent sur un territoire assez étendu. Mais il y a également un projet de construction d’une quatrième église qui se trouvera sur le territoire même du monastère. L’église principale du monastère en l’honneur de l’icône de la Mère de Dieu «Souveraine» ne peut plus permettre d’accueillir tous ceux qui y viennent?

Quand l’église en l’honneur de l’icône de la Mère de Dieu «Souveraine» était en construction, nous avons pensé qu’il y aurait de la place pour tous ceux qui viennent assister aux offices Divins car sa capacité d’accueil est de 1200 personnes. Beaucoup de monde viennent au monastère à présent. Surtout pour les grandes fêtes: lors du dimanche des Rameaux et de Pâques, les fidèles ne peuvent pas tous entrer et certains restent à l’extérieur. Près de 1500 personnes communient.

L’église «Souveraine» impressionne, assurément... regardez la mosaïque...

J’ai lu dans votre revue un reportage sur la communauté Saintes Marthe et Marie et ensuite une discussion à ce sujet sur un forum où une femme faisait des reproches aux soeurs en argumentant que l’on peut bâtir des murs et des murs mais que, soi-disant, il n’y aurait pas d’Esprit. La journaliste a invité cette femme à venir voir comment tout était organisé au monastère avant de critiquer. On dit aussi des choses à notre sujet comme «marchandes», «moniales voyageuses en Europe». Toute idée, même la plus haute, peut être déformée, décriée.

Nos activités très vastes et tous les chantiers menés au monastère ne sont pas une fin en soi. Rappelez-vous saint Moïse d’Optino, les moines se plaignaient de lui quand il n’y avait pas un sou dans la trésorerie du monastère et qu’il commençait la construction d’une nouvelle hôtellerie. Or, il faisait cela justement pour aider les gens. Grâce au chantier, les gens laïques trouvaient du travail et pouvaient subvenir aux besoins de leurs familles. C’est la même chose chez nous, uniquement le monde est devenu différent. Aujourd’hui, les conditions sont autres, mais dans l’ensemble, il n’y a pas de grosse différence.

En 2008, le Patriarche Alexis II est venu à Minsk. C’est justement lui qui a fait la consécration de l’église en l’honneur de l’icône de la Mère de Dieu «Souveraine». C’était sa dernière visite en Biélorussie et sa dernière église consacrée. En mémoire de sa visite au monastère, Sa Sainteté a laissé avec un crayon spécial une signature sur une plaque en argile placée dans l’église «Souveraine». Ma mère, par quoi s’est-elle gravée dans votre mémoire la visite du Patriarche Alexis?

Ceci a été le plus grand événement de notre monastère. J’en ai gardé des souvenirs très clairs, cela a été une très grande joie! Tout le monde attendait l’arrivée du Patriarche, tout le monde voulait le voir et toutes les soeurs sont revenues ce jour-là au monastère. Je me souviens de la manière dont nous avons accueilli Sa Sainteté: les moniales, comme d’habitude, se sont mises en rang à l’extérieur de l’église et les soeurs «blanches» se trouvaient à l’intérieur de l’église «Souveraine». Tout était solennel et beau. Lorsque le Patriarche Alexis est entré à l’intérieur et qu’il a vu l’église pleine de soeurs en habits blancs (le nombre de soeurs de la charité était près de 200 personnes en ce temps-là) il a été très surpris, il ne s’y attendait pas.

A vrai dire, nous avons été bien surpris de voir autant de monde aux offices Divins pendant les jours de la semaine, même le vendredi soir à la lecture de l’hymne acathiste l’église «Souveraine» était remplie. Ce sont les gens du quartier qui viennent principalement?

Non. Ce sont des gens qui viennent de Minsk et des autres localités.

Qu’en pensez-vous, qu’est-ce qui attire les gens au monastère?

Ce qu’il y a ici, c’est sans doute la grâce Divine. En plus, ils aiment beaucoup notre père André. Tout ce que nous avons, c’est grâce à lui, à son audace. Il porte tout sur lui et nous, on le suit. Le père André stimule tout le monde pour qu’on ne s’endorme pas, qu’on ne se détende pas.

C’est vrai ce que vous dites au sujet de la vivacité. Nous avons pu en faire l’expérience et nous avons appelé cela «l’ablution généreuse du père André»: après l’hymne acathiste, le père s’est approché de tout le monde à l’église et a aspergé de tout coeur chacun deux ou trois fois à coups de goupillon. Nous n’avions vu cela nulle part. On s’est réveillé à l’instant même, nous étions justement venus de la gare...

Oui, c’est comme cela que ça se passe (elle rit)! Notre père André est un homme créatif. Les soeurs qui viennent au monastère sont aussi toutes créatives, elles ont du talent. Je suis peut-être la personne «la moins intéressante» au monastère. Je ne sais même pas comment vous allez réussir à composer l’interview d’après mes réponses.

Cependant, le Seigneur vous a placée à la tête d’un monastère dont l’engagement social est très important. La supérieure du monastère Saint Séraphim, mère higoumène Serguia (Konkova), a dit au cours d’une interview pour notre revue, que le poste d’higoumène est une croix. D’après ce que vous nous avez dit, peut-on conclure que le poste d’higoumène est une vraie croix pour vous?

L’apôtre nous dit: ce qui dans le monde est sans naissance et ce que l’on méprise, voilà ce que Dieu a choisi (1 Co, 1-28). Je peux dire une chose, il faut tâcher d’être humble. La fonction d’higoumène pour moi est à la fois une camisole de force et une tâche d’une grande responsabilité. Je me tais sans broncher. D’un point de vue humain, je crois qu’une autre personne devrait être à ma place, mais Dieu voit mieux que nous. Il m’arrive à penser: «Quand est-ce qu’on m’enlèvera cette camisole d’humilité pour la passer à quelqu’un d’autre?» (elle sourit).

Autant que je sache, il y avait au début à votre monastère une autre mère higoumène. Elle a été donc la mère higoumène pendant une courte période?

Oui, la première mère higoumène avait était la soeur supérieure de la communauté des soeurs laïques de la charité. Cependant, un an après la fondation du monastère, en mars 2000, j’ai été nommée à ce poste. La première mère supérieure rêvait d’un monastère tranquille, isolé, mais ici dès le début, il en était tout autrement. Il y a quelques hôpitaux près du monastère et un orphelinat où les soeurs apportent leurs soins, ensuite, en plus des malades, il y a beaucoup de monde qui s’adresse à nous pour demander de l’aide. La première mère supérieure ne souhaitait pas que les soeurs rendent visite aux patients de l’hôpital. D’ailleurs, son rêve de monastère au calme s’est réalisé: elle vit aujourd’hui dans un endroit tranquille et isolé.

Le Seigneur m’a amenée au monachisme justement par le biais de la communauté des soeurs laïques de la charité. J’ai bien du mal à comprendre pourquoi un moine ne pourrait pas aider les personnes malades et leur parler du Christ? Parfois il est difficile aux gens de s’adresser directement au prêtre pour lui faire part de leurs problèmes, mais il leur est souvent plus facile de parler à une soeur. La soeur accompagne ensuite cette personne vers un prêtre, vers l’église; elle explique les bénéfices de la confession et la communion.

Bref, voici le travail missionnaire orthodoxe en action.

Oui, c’est juste, le travail missionnaire. Je dirais même l’apostolat. Par nous-même, sans Dieu, nous ne pouvons que faire du tort autour de nous, mais le Seigneur agit par notre intermédiaire pour le bien des gens, vous comprenez? Les soeurs racontent comment Dieu les instruit à leurs obédiences, comment Il leur inspire les paroles nécessaires pour les gens.

La sainte catholique, mère Thérèsa (de Calcutta), a un jour dit: «Je suis un crayon dans la main du Seigneur».

Finalement ce ne sont plus les gens qui ont besoin de vous, mais vous qui avez besoin d’eux; ce n’êtes pas vous qui les aidez, mais ce sont eux qui vous aident. Je ne comprends pas comment on peut vivre sans cela dans le monde.

Une de vos moniales a remarqué que si on ne fait pas de visite à l’hôpital à Pâques, il manque quelque chose, la joie n’est pas complète.

C’est très juste. On veut partager cette joie avec les autres. Pour être dans la joie, il faut ne pas avoir pitié de soi-même et Dieu vous rendra abondamment. Il faut essayer de considérer son prochain et de partager quelque chose avec lui parce qu’on ne peut être dans la joie que lorsqu’on donne quelque chose.

Ma mère, vous avez dit que vous aviez communié pour la première fois à Pâques. A votre avis, la joie pascale est-elle différente chez les moines et les hommes laïques? Il se peut que les moines vivent un peu autrement la fête principale de l’orthodoxie?

La Pâques est un passage. Il est certain que personne sur terre ne la vit dans la plénitude, ni les moines ni les laïques... Cependant, pendant cette fête, même si nous ne sommes pas joyeux, la Résurrection entre tout de même dans l’âme.

Tout simplement... mourir

Le monastère de Minsk est bien connu pour ses activités culturelles et civilisatrices. Un cycle de films «Les Paraboles» ainsi que les chants du Chœur orthodoxe laïque dont le chef est la moniale Iouliania (Denissova) constituent déjà une carte de visite de la communauté. Lorsque le chœur est venu pour la première fois à Moscou en tournée, nous étions alors étudiants à l’université orthodoxe et nous étions très impressionnés. Plus tard, presque tout le monde orthodoxe a commencé à entonner ces chansons aux sujets spirituels de la moniale Iouliania. Les documentaires «Сhef de choeur» et «La moniale» racontent sa voie vers le monastère. Ces films ont eu du succès en leurs temps même s’ils ont reçu pas mal de critiques. Une histoire similaire s’est passée il n’y a pas longtemps avec le moine Photius (Motchalov) qui a gagné au show télévisé «The voice». Ma mère, quelle est votre opinion par rapport à l’expression artistique des moines?

Si cela n’était pas utile, cela n’aurait pas lieu. Personne au monastère ne se comporte avec la moniale Iouliania comme avec une célébrité. C’est pour nous un fait établi. Quand le film «La moniale» a été tourné, il y a eu des opinions négatives, mais les opinions positives étaient tout de même plus nombreuses.

Ressent-elle quelques charges en tant que moniale du fait qu’elle attire l’attention des gens? Elle a acquis une certaine renommée, les gens demandent ses autographes. Un livre qu’elle avait rédigé avant de devenir moniale a été édité récemment.

Évidemment, c’est une charge pour elle et elle en parle à nos réunions. Voici comment je perçois les choses: quand on ne fait rien, qu’on reste dans sa cellule, qu’on ne se fait pas connaître, qu’on se cache du monde, l’orgueil ne disparaît nulle part parce qu’en ne faisant rien on peut se croire très grand. Moins on fait, plus on a une haute opinion de soi. Tout ce qui est à l’intérieur se manifeste alors, surtout la vanité et l’orgueil. Ici, c’est tout le contraire.

Lorsque l’homme se fait tonsurer, il meurt au monde. Comment peut-on comprendre correctement ces paroles si le moine a son obédience dans le monde? Ce n’est pas au sens de mourir au péché, mais au sens où le monachisme peut être différent. La conception du monachisme est bien souvent limitée: on imagine que le moine ne parle à personne, ne sourit pas, marche tête baissée et vit dans la réclusion.

Bien sûr, on peut lire beaucoup de livres, extraire des citations du contexte, mais depuis la nuit des temps le monachisme a été différent. Les saints Joseph de Volotsk et Nil de Sora, par exemple, avaient un service différent, mais leur objectif était le même et ils contactaient bien, ils s’aimaient l’un l’autre. Il y avait trois hôpitaux et une église spéciale pour les aliénés mentaux auprès du monastère de Saint Théodose le Grand, chef des communautés monastiques cénobitiques.

Si notre monastère se trouvait quelque part dans un village lointain ou dans une forêt épaisse, nous y vivrions en faisant le travail à l’aiguille et en pratiquant la prière continue, mais le Seigneur a créé ce monastère justement dans cet endroit où il y a tant de personnes malades qui ont besoin d’amour et d’appui.

On pardonne avec peine au moine les simples faiblesses humaines, il ne doit pas s’irriter, se fâcher, tel un mort. Certes, dans l’idéal, cela doit être ainsi, c’est le but, mais il n’est pas un ange pour le moment. Pourquoi les gens ont souvent du mal à le comprendre?

On ne peut pas exiger de nous être comme Saint Pimène le Grand ou comme Saint Serge de Radonège. Saint Ignace Briantchaninov disait que les moines avaient autrefois été comme les piliers. Le monde chrétien était aussi plus solide, les gens priaient et vivaient pieusement dans le monde [1].

Comment puis-je être une bonne mère higoumène maintenant? Moi, une gamine d’hier, une négligente qui n’a écouté personne, je suis venue à l’église, le Seigneur m’a lavée, m’a purifiée, m’a parée et m’a bénie être rangée parmi le nombre des moines et puis Il m’a placée au poste de la mère higoumène. On ne peut pas apprendre tout à la fois. Voilà pourquoi on sert de manière comme on sait le faire et on apprend en même temps. On fait beaucoup de fautes et il est surprenant que malgré notre capacité exceptionnelle de tout abîmer, le Seigneur édifie tout de même.

Dans la chanson de la moniale Iouliania intitulée «Aimer,.. juste aimer!», chanson si aimée par le public, sont énumérées les vertus qui mènent au salut et que l’on peut dans leur ensemble conclure en une seule, tout simplement... mourir. Un vrai monachisme comme celui-ci, est-il possible de nos jours?

Bien sûr qu’il est possible. Tout dépend de l’homme, de ce comment il répondra à l’appel de Dieu.

«Messager monastique»

Interview par Christine Paliakova

30.09.2016

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[1] «Quoi exiger des monastères si le monde leur fournit les gens gâtés, s’ils sont partout entourés d’immoralité, si celle-ci les accable? L’ulcère qui ne peut être guéri que par la mort».

«Nombreux sont ceux qui se plaignent du monachisme voyant ou trouvant en lui des défauts différents. Cependant, le monachisme est un baromètre qui, restant dans une chambre isolée, fermée de tous les côtés, indique avec précision l’état du temps qu’il fait à l’extérieur» (Saint Ignace Briantchaninov, tome 7, «Lettres à des personnes différentes»).

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